Chloroquine VS Covid-19 - Coronavius et traitement médical.

 Chloroquine VS Covid-19

Hydroxychloroquine

Peut-on exiger de se faire traiter à la chloroquine en dépit du refus du médecin?

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France, le Professeur RAOULT de l’IHU de Marseille, fait parler de lui en vantant les mérites de la chloroquine (médicament utilisé contre le Paludisme à l’origine) comme traitement efficace contre le Coronavirus.

Toutefois, bien que ce traitement soit administré aux patients infectés par le Coronavirus pris en charge par le CHU de Marseille, et de Nice, notamment, ailleurs en France il n’est pas forcément proposé de la même manière.

Mais alors en cas d’infection par le Covid-19, ai-je le droit d’exiger que le médecin qui me soigne, m’administre ce traitement à la chloroquine ?

Les textes principaux en la matière sont les suivants :

L’article L. 1111-4 du Code de la santé publique dispose que :
« toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé » « le médecin a l’obligation de respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité ».

L’article L. 1110-5 du Code de la santé publique consacre le droit pour toute personne, compte tenu de son état de santé et de l’urgence des interventions que celui-ci requiert,

« de recevoir, sur l’ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l’efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées.
Les actes de prévention, d’investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l’état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté ».

chloroquine

Au regard des textes en la matière, permettant d’associer le patient à la prise de décision concernant sa santé, et érigeant le consentement du patient au rang de principe fondamental, on pourrait penser que le rôle de celui-ci dans sa prise en charge thérapeutique est primordial, et que sa volonté est nécessairement prise en compte.
Or, ce n’est pas si simple.

En effet, toujours selon ces mêmes textes, le médecin doit également administrer des soins au patient, les plus appropriés, dont l’efficacité est reconnue, et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire.

Ces soins ou traitements ne doivent pas faire courir au patient des risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté.

Et c’est bien là que se situe le problème.

Car le traitement à la chloroquine, à l’heure actuelle, n’aurait fait l’objet d’aucune étude sérieuse d’impact sur la santé des patients atteints du Covid-19, sur d’éventuels effets secondaires notamment.

Sur ce point, le Haut Conseil de la Santé Publique retient que « l’hydroxychloroquine peut provoquer des hypoglycémies sévères et entraîner des anomalies ou une irrégularité du rythme cardiaque pouvant engager le pronostic vital », que « ce médicament comporte des contre-indications notamment en cas d’association à d’autres médicaments » et « qu’un surdosage peut entraîner des effets indésirables graves pouvant mettre en jeu le pronostic vital. »

chloroquine

Pour le moment, le gouvernement a suivi l’avis rendu le 23 mars 2020 par le Haut Conseil préconisant de restreindre l’utilisation de la chloroquine aux formes les plus graves du coronavirus (c’est à dire « les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe »), traitées en milieu hospitalier, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médicale stricte [1].

Le comité scientifique a expressément exclu toute prescription par la médecine de ville et pour des cas non sévères.

Les décrets publiés par le gouvernement les 25 et 26 mars 2020 reprennent les recommandations du Haut Conseil en encadrant strictement la prescription et la délivrance de la spécialité pharmaceutique Plaquenil (sulfate d’hydroxychloroquine), en la réservant à un usage hospitalier et en interdisant aux officines de ville de la dispenser en-dehors des indications de son autorisation de mise sur le marché.chloroquine

En conséquence, pour répondre à la question de savoir si on a le droit en tant que patient infecté par le Covid-19, d’exiger d’être traité par de la chloroquine, la réponse est la suivante, en tout cas à l’heure actuelle :

Si on a le droit de donner son consentement à un traitement médical ou de le refuser, en revanche, on a pas le pouvoir d’exiger et d’obtenir un traitement médical précis, en cas de désaccord avec son médecin.

Pour ce qu’il en est du traitement à la chloroquine à l’heure actuelle, il serait administré uniquement à des patients atteints de la forme la plus grave du coronavirus, et dont le pronostic vital pourrait être engagé.

Pour le moment, les médecins de ville ne seraient pas (encore) habilités à prescrire la chloroquine pour traiter les patients atteints par le Coronavirus.

En cas de symptômes peu sévères, il est peu probable qu’un médecin la prescrive actuellement, et le patient n’aurait d’autre choix que se conformer à ces prescriptions, quitte à changer de lieu de traitement thérapeutique…

Les choses sont en tout cas susceptibles d’évoluer.

Virginie ANTOINE
Avocate à la Cour

 

 

 

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